Sukhothaï , l'ancienne capitale du Siam
2 jours solo loin de la frénésie
Ici, ce n’est pas seulement la beauté des temples qui m’a marquée. C’est de déambuler dans ses vestiges et d’imaginer la richesse et l’atmosphère qui devaient régner dans l’ancienne cité. Quelque chose de calme, presque suspendu, et de gigantesque à la fois, qui donne envie de prendre son temps plutôt que d’enchaîner les visites.
Pendant deux jours, j’ai parcouru les vestiges de cette ancienne capitale du Siam, entre temples, statues de Bouddha, bassins et chemins bordés de végétation. Et je crois que c’est justement cette lenteur qui fait le charme de Sukhothaï et qui en fait, pour une voyageuse solo, une étape presque thérapeutique.
Si tu prépares ton propre passage par le nord de la Thaïlande, voici tout ce que j’aurais aimé savoir avant d’y poser mon sac.
Il y a des sites bondés de touristes, d'autres endroits historiques qui impressionnent par leur monumentalité. Et puis il y a Sukhothaï, un peu oubliée des voyageurs et pourtant qui a une authenticité aussi démesurée qu'unique.
Sukhothaï, avant Bangkok, avant Ayutthaya
Avant Bangkok, avant Ayutthaya, il y eut Sukhothaï.
La ville devient la capitale du premier royaume de Siam au XIIIe siècle et connaît son apogée aux XIIIe et XIVe siècles. C’est à cette période que se développe ce que l’on appelle aujourd’hui le « style Sukhothaï », reconnaissable notamment dans l’architecture et la sculpture bouddhique.
Sukhothaï n’est d’ailleurs pas seulement une collection de temples anciens. La ville avait développé une véritable organisation urbaine, avec ses remparts, ses routes, ses réservoirs, ses canaux et ses bassins. La maîtrise de l’eau occupait une place centrale dans le fonctionnement de la cité, presque une obsession quand on voit le nombre de bassins qui ponctuent encore le site aujourd’hui.
En 1991, l’UNESCO inscrit Sukhothaï au patrimoine mondial, aux côtés des sites historiques de Si Satchanalai et de Kamphaeng Phet, sous le nom de « Ville historique de Sukhothaï et villes historiques associées ». À elles trois, ces cités couvrent près de 12 000 hectares.
Mais les chiffres et les dates ne racontent pas vraiment ce que l’on ressent en arrivant. Parce que le plus étonnant, finalement, c’est cette énergie de sérénité et de calme qu’on ressent.
Conseil solo : voyager seule à Sukhothaï, c'est presque un cadeau : la plupart des visiteurs viennent en groupe ou en excursion rapide depuis Chiang Mai ou Bangkok. Je te conseille, si tu peux, d'éviter ces tour-opérateurs « vite fait » et de t'offrir le luxe de rester deux jours, sans avoir à négocier ton emploi du temps avec personne.
Le parc historique de Sukhothaï et son cœur, Wat Mahathat
Un parc où l’on se sent presque seule
Le parc historique de Sukhothaï est vaste, et les monuments y sont dispersés dans un paysage où l’eau et la végétation occupent une place importante.
On passe d’un temple à un autre, d’un bassin à une statue, parfois sans croiser grand monde. Et c’est ce qui change complètement la façon de découvrir Sukhothaï : on ne se retrouve pas face à une succession de monuments coincés les uns contre les autres. Les vestiges semblent faire partie du paysage, presque posés là dans une harmonie parfaite avec l’environnement.
Et il y a quelque chose qui m’a vraiment frappée : ce site est immense, ce qui explique en partie qu’on ne se marche pas dessus. Mais même en tenant compte de la taille du parc, il n’y avait vraiment pas grand monde. Pour un lieu d’une telle richesse, inscrit à l’UNESCO et chargé de sept siècles d’histoire, je m’attendais à beaucoup plus de monde. Sukhothaï donne clairement l’impression d’un site oublié des voyageurs, alors qu’il n’a rien à envier aux incontournables du pays.
Conseil solo : le bus depuis Bangkok te dépose dans la nouvelle ville de Sukhothaï, mais la partie historique se trouve à quelques kilomètres de là. Réserve ton hébergement dans la vieille ville, tu seras à deux pas du parc historique et tu n'auras qu'un tuk-tuk ou un Grab à prendre en arrivant du bus, plutôt qu'un trajet à refaire matin et soir pendant deux jours.
S’organiser dans le parc
Le parc est réparti en plusieurs zones payantes, chacune avec son propre billet. Pour circuler d’un bout à l’autre, le vélo est l’option la plus répandue : beaucoup d’hébergements en proposent ou peuvent en organiser la location, et les distances entre les temples s’y prêtent bien.
J'ai justement consacré ma deuxième journée à ça : un tour à vélo pour rejoindre les sites les plus excentrés. Prêté par mon homestay, pneus lisses et peu de freins, prendre le vélo dans ces conditions ne m'a pas empêché de vadrouiller parmi les vestiges. Pas une voiture sur la route, juste la possibilité de pédaler à mon rythme dans un cadre verdoyant, en m'arrêtant quand quelque chose me plaisait. Les sites excentrés étaient quasiment déserts, un vrai bonheur pour découvrir et ressentir les lieux.
Wat Mahathat, le cœur battant de la cité
Au centre du parc, Wat Mahathat est probablement le monument qui donne immédiatement la mesure de ce qu’a pu être Sukhothaï.
Le temple était le principal sanctuaire de la ville, et son ensemble architectural rassemble chedis, prangs, viharns et statues de Bouddha. Mais ce qui m’a plu ici, c’est moins l’idée de « visiter le temple principal » que celle de découvrir un ensemble qui se fond dans son environnement.
Les bassins donnent de la profondeur aux perspectives. Les silhouettes des chedis se détachent au-dessus de la végétation. Et selon l’heure, la lumière transforme complètement le site.
C’est aussi là que l’on comprend pourquoi le style de Sukhothaï est considéré comme une étape importante dans l’histoire de l’art et de l’architecture thaïs, notamment pour la qualité de ses sculptures et de ses monuments bouddhiques.
Mais les plus belles surprises ne sont pas forcément les monuments les plus célèbres.
Les temples excentrés : la partie qui vaut le détour
Wat Saphan Hin, le temple qui se mérite
Pour rejoindre Wat Saphan Hin, il faut quitter la plaine. 
Le temple se trouve sur une colline d’environ 200 mètres de hauteur, et l’accès se fait par un chemin de pierre qui monte progressivement. Disons que ce n’est pas le temple que l’on choisit lorsqu’on a décidé de ne surtout pas faire d’effort pendant ses vacances.
Mais, arrivé en haut, on ne regrette pas ses efforts.
Au sommet se trouve Phra Attharot, un imposant Bouddha debout d’environ 12 mètres de haut, installé dans les vestiges d’un viharn. Une inscription associée au règne de Ramkhamhaeng mentionne ce Bouddha, preuve que le lieu avait déjà une importance particulière il y a sept siècles.
Wat Saphan Hin est aussi réputé comme l’un des bons points de vue pour le lever du soleil sur le parc, si jamais tu es du genre à te lever tôt en voyage : la montée est plus fraîche, et la vue sur les temples encore endormis doit valoir le détour.
Conseil solo : le tour à vélo des temples demande un peu d'organisation. Si tu comptes grimper jusqu'à Wat Saphan Hin, vise le matin, avant que la chaleur ne s'installe. Emporte de l'eau : il n'y a rien pour t'en procurer une fois sur le chemin.
Wat Si Chum, quand un Bouddha paraît trop grand pour son temple
Et puis il y a Wat Si Chum.
Le Bouddha est installé à l’intérieur d’un immense mondop aux murs particulièrement épais. On l’aperçoit d’abord à travers l’ouverture étroite du bâtiment.
La première fois qu'on approche de Wat Si Chum, on ne voit qu'un fragment : un visage, entrevu à travers une fente dans le mur. On se dit que la statue doit être imposante, sans plus. Puis on s'approche, on passe la porte, et là seulement on comprend l'échelle réelle des choses. Le Bouddha Phra Achana mesure environ 15 mètres de haut et remplit littéralement l'espace du mondop. On se sent minuscule d'un coup, et c'est exactement l'effet recherché il y a sept cents ans.
Et comme souvent à Sukhothaï, le monument cache une petite histoire.

Un passage étroit avait été aménagé à l’intérieur des murs du mondop. Une légende raconte qu’une personne pouvait s’y cacher et parler à travers une ouverture située derrière la statue, donnant ainsi l’impression que le Bouddha lui-même parlait, un stratagème qui aurait notamment servi à redonner du courage aux soldats avant une bataille. Le passage existe réellement dans la structure du monument, même s’il est aujourd’hui fermé au public.
Avec un Bouddha de quinze mètres qui se met soudain à parler, je comprends que l’effet ait pu être convaincant.
Si tu n’as qu’une journée, celui-là, garde le dans ton programme.
Wat Phra Phai Luang, l’empreinte khmère avant Sukhothaï
Wat Phra Phai Luang apporte une autre lecture de l’histoire de Sukhothaï. Le site est plus ancien que plusieurs des grands monuments du centre de la cité, et conserve notamment les traces d’une architecture influencée par la période khmère. Il aurait été construit à l’époque où Sukhothaï se trouvait encore sous influence khmère, avant d’être intégré à la cité bouddhique du royaume de Sukhothaï.
C’est un rappel intéressant : Sukhothaï n’est pas née d’un seul coup. La ville s’est construite sur un territoire déjà traversé par différentes cultures et influences. Et lorsque l’on passe devant les prangs en latérite de Wat Phra Phai Luang, on voit justement quelque chose de différent des formes que l’on associe spontanément au « style Sukhothaï ».

Wat Chang Lom et ses éléphants de pierre

Autre décor, autre surprise avec Wat Chang Lom. Son chedi est entouré d’éléphants en brique et en stuc, qui semblent sortir de la base du monument pour le soutenir. Selon les sources, le nombre varie légèrement (autour d’une trentaine de figures conservées), mais leur présence donne surtout au monument son caractère immédiatement reconnaissable.
L’éléphant n’est évidemment pas un détail anodin dans l’histoire du Siam. Il est associé à la puissance royale mais aussi à la tradition bouddhique. Ici, les animaux semblent littéralement porter le monument, et il faut avouer que cela donne au chedi une allure assez spectaculaire.
Chaque temple de Sukhothaï raconte une facette différente du royaume : la foi, le pouvoir, les influences venues d'ailleurs. Et ce sont souvent les plus excentrés qui racontent le mieux cette histoire.
En dehors des vestiges
Je pense que c’est en fin de journée que Sukhothaï devient vraiment particulière.
La chaleur commence à retomber. Les visiteurs se dispersent. La lumière devient plus douce, et les ruines prennent des couleurs complètement différentes. Puis le soleil descend derrière les temples.
J’ai assisté ici à l’un des plus beaux couchers de soleil de mon voyage, avec les statues et les ruines qui se découpent progressivement dans la lumière. C’est aussi à ce moment-là que les lanternes commencent à s’allumer, au coin de chaque bâtiment, et le site prend alors des airs féeriques.
Le contraste est assez magique : quelques heures plus tôt, les temples baignaient dans une lumière éclatante. Maintenant, ils apparaissent par petites touches dans la pénombre.
Après les temples, changement d’ambiance.
Le marché du soir ressemble un peu à une fête foraine à laquelle on aurait oublié d’installer les manèges. Des stands de nourriture, des odeurs, de la musique, des gens qui se promènent, des tables improvisées… Rien de sophistiqué. Et c’est justement ce qui rend le moment agréable.
On vient manger quelque chose, goûter les saveurs locales, écouter la musique et profiter simplement de la soirée. Certains soirs, des stands s’installent également face aux ruines du parc historique, un endroit particulièrement agréable pour manger un morceau en attendant le coucher du soleil au bord de l’eau.
Après avoir passé plusieurs heures à regarder des monuments vieux de plusieurs siècles, se retrouver avec un plat dans une assiette en plastique et de la musique en fond sonore a quelque chose d’assez réjouissant.
C’est peut-être ça aussi, Sukhothaï : un lieu où le patrimoine ne semble pas complètement séparé de la vie quotidienne.
Le marché de jour, lui, permet de retrouver une autre facette de la ville. Pas de ruines majestueuses ni de statues monumentales : on revient à quelque chose de beaucoup plus quotidien, les produits locaux, les étals, les habitants, les odeurs, cette animation ordinaire qui donne une autre dimension à une ville que l’on pourrait facilement réduire à son patrimoine historique.
Deux jours au parc historique de Sukhotaï, le bon format
Venir ici et y passer deux jours pleins, permet non seulement de visiter Sukhothaï mais surtout de la ressentir.
Une première journée permet de découvrir les grands temples et de commencer à comprendre le site. La deuxième permet de sortir un peu du parcours évident : retourner dans certains endroits à une autre heure, découvrir Wat Saphan Hin ou Wat Si Chum tranquillement, profiter du marché, et surtout voir le parc changer avec la lumière.
Le soir, lorsque les lanternes s’allument et que les derniers rayons du soleil disparaissent derrière les temples, on comprend peut-être mieux pourquoi Sukhothaï laisse une impression si différente.
Elle ne cherche pas à impressionner. Elle est simplement là. Et c’est largement suffisant.

Je te partage ici uniquement des lieux que j’ai testés, dans l’esprit de mes voyages : des adresses authentiques, abordables et où l’on se sent bien, même en solo.

Situé près du centre-ville et du site touristique, ce homestay est un coup de coeur. En plus d’un accueil avec l’hospitalité légendaire des Thaïlandais, des vélos sont en libre-service.

Marché de nuit du parc
Dès 17 heures, dégustez la cuisine locale, dont les fameuses nouilles de Sukhothai, aux abords des étangs et du monument de King Ramkhamhaeng, tout en admirant le coucher du soleil lors d’un pique-nique.
Marché nocturne en ville
Pour une expérience plus authentique, rendez-vous au marché nocturne jouxtant le temple Wat Traphang Thong, un esprit guinguette aux saveurs locales.
Je mets à jour ma sélection au fil des visites.
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