Singapour en 36 heures

Singapour solo en 36 heures

quand le voyage prend des airs d’une autre planète

Je continue mon périple, et après le chaos attachant du Cambodge, changement de décor radical : direction Singapour. 36 heures sur place, plus 4 heures que je me réserve à l’aéroport le jour du départ (oui, tu vas vite comprendre pourquoi ça mérite un chapitre à part entière).

Spoiler : ça a été un choc. Mais pas le choc auquel je m’attendais.

Premier contact 

L’atterrissage qui change tout

Un pied posé dans la zone d’arrivée, et c’est immédiat : je viens de changer de monde. Après deux pays d’Asie du Sud-Est où le bruit, le chaos et l’improvisation font partie du décor, Singapour m’accueille avec… une moquette. Partout. Et un silence presque suspect.

Oui, je sais, la moquette n’est objectivement pas une expérience de voyage extraordinaire. Mais après des semaines de klaxons et de scooters en tout sens, ce calme feutré m’a fait un bien fou.

 

La douane, elle, est entièrement électronique : mon passeport n’a même pas le plaisir d’être tamponné. En trois minutes montre en main, je suis officiellement à Singapour et cerise sur le gâteau côté organisation : pour la toute première fois de ce tour du monde, je ne galère pas pour trouver le bus. Soit je suis plus inspirée que d’habitude, soit la signalétique a été pensée pour des voyageuses un peu perdues comme moi.

Direction l’hôtel en transports en commun : une navette pour changer de terminal, un ascenseur, et me voilà à l’arrêt de bus. 

Conseil solo : à Singapour, tu peux payer ton trajet en carte directement dans les bus et le métro, sans avoir à jongler avec les pièces. Dans le bus, pense à bien badger ta carte à l'entrée et à la sortie du bus, sinon tu paieras de payer le trajet complet jusqu'au terminus plutôt que la distance réellement parcourue.

Sur la route, tout est nickel : parterres soignés, trottoirs impeccables, pas un papier qui traîne. On se croirait presque dans un décor de cinéma, un peu trop parfait pour être vrai.

Une nuit dans une capsule ou mission dormir dans un vaisseau spatial

Intérieur d'une capsule d'hôtel éclairée en bleu avec sac à dos posé sur le lit, et couloir de capsules numérotées

Pour cette étape, j’avais envie d’une expérience différente : dormir en capsule, une version améliorée du dortoir où, au moins, chacun a son espace clos. Bon j’avoue que le choix de venir au Galaxy Pods a aussi été une question de budget !

 Et pour le coup, ça fait son effet. J’ai eu l’impression de

 m’embarquer pour un voyage intergalactique plutôt qu’une nuit en auberge. J’ai adoré aussi sa localisation centrale pour pouvoir visiter facilement.

Intérieur d’une capsule d’hôtel éclairée en bleu avec sac à dos posé sur le lit, et couloir de capsules numérotées[/caption]

Mon tour de Singapour, quartier par quartier

Affaires posées, je pars explorer la ville. Et là encore, ce calme si particulier me frappe : peu de voitures, et même elles ne font pas de bruit. Contrairement au Cambodge où tout le monde marche ou roule partout, ici les piétons se déplacent sur de larges trottoirs longeant des buildings flambant neuf et ultra-modernes dans un silence presque assourdissant. 

Le quartier arabe

Le quartier arabe, aussi appelé Kampong Glam est l’un des plus vieux quartiers de la ville, bien avant les buildings qui l’entourent aujourd’hui. Son cœur est la mosquée du Sultan Hussein Shah, reconstruite en 1932, avec ses dômes dorés qu’on aperçoit de loin. Tout autour des rues aux ambiances totalement différentes comme Bussorah Street, piétonne, bordée de palmiers, mène directement à la mosquée entre restaurants et échoppes. Les rues Arab Street, qui a longtemps été le centre du commerce textile de la ville et Haji Lane, une ruelle étroite devenue le repaire des boutiques indépendantes et du street art, méritent aussi un passage.

Entre buildings toujours plus hauts et passages piétons où j’attends sagement (même sans la moindre voiture en vue, la discipline singapourienne est contagieuse), j’arrive dans ce quartier au décor soigné jusqu’au moindre détail. Devant la mosquée du Sultan, j’ai de nouveau la sensation d’être dans un parc d’attractions au décor parfaitement calibré.

L'anecdote

J'ai eu la chance de tomber en pleine effervescence de ramadan. Des stands s'étaient dressés dans les rues, on venait y faire ses courses de dernière minute pour avoir le repas prêt au coucher du soleil, entre odeurs de street food et ambiance électrique. Un concours de circonstances qui a donné un tout autre visage au quartier, forcément plus vivant qu'un jour ordinaire.

Quartier indien et soirée face au fleuve

Façade sculptée du temple hindou Sri Veeramakaliamman avec char processionnel, gros plan sur le gopuram coloré, et rue commerçante de Little India, Singapour

Direction ensuite le quartier indien, tout aussi coloré et animé. Au détour d’une rue, je tombe sur le temple Sri Veeramakaliamman, en pleine cérémonie. 

La richesse des décors à l’intérieur, mêlée à la musique et aux habits traditionnels de la procession, m’a transportée directement en Inde, à des milliers de kilomètres du calme aseptisé du reste de la ville. Je reste un long moment à observer, fascinée, jusqu’à ce qu’une statue soit portée en procession jusqu’au véhicule qui l’attend dehors. Le quartier indien ne se résume d’ailleurs pas à ce seul lieu : je pousse la porte de deux autres temples le long de Serangoon Road, tous deux radicalement différents. Le Sri Srinivasa Perumal, d’abord, dédié à Vishnu, avec un gopuram couvert du sol au plafond de statues polychromes. À l’intérieur, les fidèles s’affairent déjà autour des offrandes, dans une odeur d’encens. Puis le Sakya Muni Buddha Gaya, surnommé le « temple des mille lumières », beaucoup plus sobre en comparaison, avec son immense bouddha doré entouré de guirlandes lumineuses. Deux ambiances complètement différentes, à quelques minutes de marche l’une de l’autre et pendant les cérémonies, chacun se remplit d’une foule dense où la ferveur se sent presque physiquement.

Comme dans le quartier arabe, on vit ici à l’heure indienne, entre effervescence et rituels.

Gratte-ciels illuminés de Singapour la nuit, reflétés dans la rivière près de Boat Quay
Singapour de nuit

Pour finir la journée, direction le Quay Boat, à deux pas de l’hôtel. Ici, restaurants et bars s’enchaînent sans interruption. Le crabe, vendu au poids dans des aquariums où les spécimens sont gigantesques, sent bon le prix exorbitant rien qu’à le regarder. Je me rabats donc sagement sur des nouilles au poulet, dégustées face au fleuve qui traverse la ville. Petit budget, grande vue : le bon compromis.

Chinatown version dimanche matin

Je démarre la journée en direction du parc Merlion, via le Quay Boat, où l’effervescence de la veille a totalement disparu. Sur le chemin, je croise des coureurs du dimanche et un varan qui lui prend son temps et deux femmes en pleine séance de taï-chi.

Devant le Merlion, une statue personnifiant les valeurs de Singapour et donc symbole national, les premiers touristes sont venus en force pour pouvoir poser pour LA photo souvenir immanquable.

Le Merlion crachant de l'eau face aux trois tours de Marina Bay Sands, Singapour
Le Merlion, symbole de Singapour

Ensuite, direction Chinatown : encore une fois, cette sensation de traverser un décor de studio. Le quartier se réveille en douceur. Je visite le Buddha Tooth Relic Temple, impressionnant avec ses 1000 bouddhas et le chant des moines qui apportent un plus mystique à la visite. 

Autel doré intérieur, niches à bouddhas dorées, et façade du Buddha Tooth Relic Temple, Chinatown, Singapour 

Conseil solo : la visite du temple est gratuite. N'hesite pas a monter pour decouvrir un somptueux jardin interieur au dernier etage. Et si tu es la un samedi, des benevoles organisent des visites en anglais a 14 heures.

À deux pas de là, je continue avec le marché. Réparti sur trois niveaux, dont le dernier est un food court gigantesque avec des dizaines d’échoppes à prix très doux. 

C’est donc là que je m’offre un wonton en guise de petit-déjeuner. Plateau récupéré, je m’installe. Un regard à droite, un regard à gauche : aucun touriste attablé ni en train de flâner dans les allées. Juste moi et les habitués du dimanche matin. Un vrai bon plan dans cette ville-État pour un déjeuner copieux à tarif raisonnable et hors des sentiers habituels.

Gardens by the Bay (ou plutôt « far far away jardins »)

Requinquée par mon wonton, je repars pleine d’entrain vers ma dernière étape du séjour : Gardens by the Bay. Je pense que tous ceux qui ont vu les images de ces arbres se sont un jour j’irai les voir. En tout cas, c’est exactement ce que je me suis dit et la raison de ma venue ici.

Mais en vrai, ça devrait s’appeler « far far away gardens », tant la marche pour y arriver n’en finit plus. Plus d’une heure rien que pour atteindre les abords ! Et qui dit « abords » ne dit pas « arrivée ». J’ai l’air de me plaindre ici, mais en vrai, la dernière partie avant d’arriver à l’entrée du parc se fait à travers un jardin  immense avec des points de vue, des statues et des endroits cachés pour se poser et prendre le temps.

Puis vient la partie payante, avec ses différents sites. J’en choisis trois : Cloud Forest, Flower Dome et OCBC Skyway.

Ces trois lieux résument Singapour à eux seuls : impressionnants par leur taille, ultra-propres, très esthétiques, avec cette ambiance feutrée qui me suit depuis l’aéroport. 

Supertree de jour dans le Gardens by the Bay de Singapour
Supertree Gardens by the Bay

Comme je fais le choix du meilleur pour la fin, je debute au Cloud Forest et Flower Dome, deux magnifiques espaces pour decouvrir des especes de plantes et d’arbres en tout genre. Petit bonus du moment : le Cloud Forest accueillait une exposition de sakuras en fleurs, un vrai dépaysement au milieu de la brume artificielle, tandis que la cascade du Flower Dome apporte un esprit presque sauvage au cœur de toute cette verdure sous cloche de verre.

Mais pour moi, le clou de ce sejour est l’OCBC Skyway, ce chemin suspendu qui longe la cime des fameux arbres en fer tant vus (et revus) sur les réseaux sociaux. Et je confirme, c’est à couper le souffle : d’un côté la mer azur, de l’autre la ville design et fourmillante que j’ai arpentée ces dernières heures.

Petite info

Le flower Dome détient le record du monde Guinness de la plus grande serre en verre et abrite plus d'un million de plantes représentant plus de 5 000 espèces provenant des cinq continents.

Les Supertrees illuminés de nuit, vue sur le Singapore Flyer et la skyline depuis Gardens by the Bay, et Marina Bay Sands depuis les jardins
Gardens by the Bay

Le spectacle qui m’a fait pleurer sous un arbre en fer

Le soir venu, tout le monde se regroupe vers les Supertrees, dans l’espace resté gratuit, pour assister au spectacle son et lumière. Arrivée tôt, je me poste au pied d’un arbre, pile en face de celui de l’observatoire.

Le temps passe, les espaces vides disparaissent un à un jusqu’à former une véritable marée humaine. La nuit tombe, la musique classique démarre et les arbres s’illuminent au rythme des notes. Une harmonie parfaite et un

jeu de lumières rythmé, qui déclenche en moi, sans prévenir, une vague d’émotion qui me submerge : je verse quelques larmes de joie et de gratitude, à me dire que j’ai vraiment la chance de vivre des choses aussi belles. Dommage que mes enfants ne soient pas là. Peut-être aurons-nous la chance de le faire dans quelque temps.

Décidément, Singapour tient ses promesses d’émerveillement.

Le grand final : quand l’aéroport devient une destination à part entière

24 mars. Un mois et demi de voyage déjà, et pourtant j’ai l’impression que ça fait bien plus longtemps tant j’ai vu et vécu de choses jusqu’ici. Ce midi, je m’envole pour l’Indonésie, direction Lombok, sans grand-chose de préparé pour la suite. 

Avant ça, petit retour sur l’aéroport de Changi, aussi mythique que la ville elle-même. 4 terminaux, et dans chacun, des espaces et animations qui n’ont rien à envier à un vrai parc à thème. Je me concentre sur ce que j’ai vraiment envie de voir de mes propres yeux : la porte avec écran géant d’une chute d’eau, et la Shiseido Forest Valley, oui c’est bien une vraie forêt au cœur d’un terminal d’aéroport ! En  revanche, j’ai raté le Rain Vortex et l’animation de la fontaine, arrivée trop tard, et pas assez renseignée en amont.

Mais ce que j’ai pu voir reste déjà bluffant pour un aéroport ! On pourrait facilement y passer une journée entière. Il existe même une application dédiée avec un plan pour repérer tous les points d’intérêt.

Conseil solo : vérifie les horaires du son et lumière au Rain Vortex directement sur le site de l'aéroport.

forêt intérieure du Jewel Changi Airport vue du dessus, plafond végétalisé avec reflets,

Mon bilan de voyageuse solo à Singapour

Infos pratiques pour préparer ton voyage solo à Singapour

Se déplacer

Bus et métro (MRT) desservent toute la ville depuis l’aéroport. Une carte bancaire suffit pour payer aux bornes.

Jewel Changi Airport

Ce complexe accolé au terminal 1 abrite le Rain Vortex, la plus haute cascade intérieure au monde (40 mètres), entourée de la Shiseido Forest Valley, un jardin tropical sur plusieurs niveaux. L’accès à Jewel et au Rain Vortex est gratuit ; seules certaines attractions du Canopy Park (toboggans, labyrinthe de miroirs) sont payantes. 

Gardens by the Bay

Accès gratuit à la partie extérieure et aux Supertrees. Les attractions payantes se visitent séparément, le prix de ta visite s’ajuste à ce que tu souhaites faire. Prévois au minimum une bonne demi-journée pour profiter du lieu unique. Le spectacle Garden Rhapsody a lieu deux fois par soir sous les Supertrees, entièrement gratuit.

Budget

Prépare-toi, Singapour est nettement plus cher que les autres pays d’Asie, notamment côté logement et repas. Le crabe au poids en est le symbole parfait.

Le petit +

36 à 48 heures suffisent pour un bel aperçu de la ville. Si tu as une correspondance longue, l’aéroport à lui seul mérite plusieurs heures de visite !

Mon avis sur ce voyage solo à Singapour

Je n’ai pas aimé

Cette impression tenace de décor de cinéma, un peu trop parfait pour être totalement honnête. Entre la propreté absolue, l’absence de bruit et cette sensation d’être dans un univers parfait, sans la moindre trace de pauvreté, j’ai eu du mal à savoir si j’étais dans une vraie ville ou dans une reconstitution grandeur nature. Et le budget, aussi, est un choc, surtout après deux pays où tout est accessible.

J’ai adoré

L’organisation, sans hésitation : pour la première fois de tout mon voyage, je ne me suis pas sentie perdue une seule seconde. Et puis ce moment suspendu sous les Supertrees, la musique, les larmes de gratitude qui montent sans prévenir. Rien que pour ça, l’étape valait le détour.

Après cette escale entre deux mondes, celui du chaos que je viens de quitter et celui, presque trop lisse, que je m’apprête déjà à laisser derrière moi, je m’envole maintenant vers une destination qui va totalement changer d’univers : direction les volcans et les rizières de Lombok, en Indonésie !

💭 Et toi, tu en penses quoi de Singapour : coup de cœur ou petit côté trop parfait pour toi aussi ?

Aparté avant de m'envoler

La modernité saute aux yeux quand on arrive ici. Mais derrière cette impression de décor trop parfait, il y a un vrai pays, avec de vrais habitants, qui n'ont ni les moyens ni l'envie d'effacer leur histoire.
Ce « food court » de Chinatown où je n'ai croisé aucun touriste, ce n'est pas un hasard. La street food singapourienne, portée par ses « hawkers » depuis les années 1960, est inscrite depuis 2020 au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'Unesco. Ce sont les vraies « salles à manger communes » du pays, là où les Singapouriens de toutes origines se retrouvent, loin des projecteurs.
Et ces quartiers, arabe, indien, chinois, que j'ai trouvés si parfaitement mis en scène, ne sont pas des reconstitutions pour touristes : ce sont des quartiers historiques classés depuis 1989, où plus de 3 000 bâtiments ont été sauvés de la démolition plutôt que rasés au nom de la modernité. Le pays a fait le choix de préserver ces traces de son histoire plurielle plutôt que de les remplacer par des tours de verre supplémentaires. Alors oui, le vernis est impressionnant, mais n'hésite pas à gratter un peu le vernis pour rencontrer une population bien réelle qui continue, discrètement, de faire vivre son histoire et ses traditions.

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