Après le tour du monde : continuer à oser

Ou comment j'ai transformé mon retour en nouvelle aventure, direction Vilnius.

Rentrer d’un tour du monde, c’est revenir au point de départ… mais pas tout à fait. La vraie place qu’on retrouve est juste à côté. Ton univers intérieur a changé avec toi au fil des chemins empruntés, mais ton monde, lui, est resté exactement le même, attendant sagement ton retour. Et une fois le sac posé, une fois l’euphorie des retrouvailles retombée, impossible de se dire qu’on va reprendre le même chemin, la même routine qu’avant.

Il m’a fallu quelques semaines pour décider quelle route emprunter et continuer mon aventure personnelle, mais surtout professionnelle, car le temps de l’oisiveté au service de la pure magie de la découverte était révolu.

J’ai eu beau retourner la question dans tous les sens, une première évidence s’est imposée : ce nouveau chemin serait ailleurs, histoire d’être certaine de ne pas renouer avec cette routine qui m’avait tant pesée. Me voilà donc à la première étape de mon retour : quitter Montpellier pour m’installer dans une autre ville de France. Une continuité du renouveau, en quelque sorte. Mais en posant mon sac dans ce nouveau cadre, une envie ne me lâchait pas : garder ce lien avec l’international, continuer à apprendre et à grandir au contact des autres.

Restait à passer aux actes, et c’est là que ça s’est compliqué. Le quoi faire et le comment étaient loin d’être évidents. Et puis il y avait ce constat lucide : il y a voyager en anglais… et travailler en anglais. Malgré tous ces mois passés sur les routes, je n’avais pas réglé tous mes démons et surtout pas celui de croire en moi. Il me fallait donc trouver un moyen de me rassurer sur mon anglais professionnel.

C’est comme ça qu’est née l’idée de partir en mission en Europe. L’occasion de me confronter à un environnement de travail international — et de ne pas arrêter de voyager du jour au lendemain. La nouveauté ? Cette fois, je n’ai pas traversé la moitié du monde pour le faire.

Le plus difficile n’était pas de rentrer.
C’était d’accepter que je n’étais plus la personne qui était partie

En route pour Vilnius

Je te vois déjà écarquiller les yeux : « Vilnu-quoi ? »

Vilnius est la capitale de la Lituanie, l’un des trois pays baltes. Beaucoup plus au nord que mes destinations habituelles, et très probablement absente de ta check-list de voyage. D’ailleurs, quand j’ai annoncé mon prochain départ à mon entourage, la plupart des réactions ont tenu en un froncement de sourcils et une question : « Pourquoi ? »

Le pourquoi est plutôt simple et je vais être honnête : ce n’était pas vraiment un choix premium, mais une opportunité de partir dans un délai raisonnable, sur une mission en lien avec mon parcours. Et c’est peut-être ça, la première leçon : oser, c’est aussi dire oui à une destination qu’on n’aurait jamais choisie sur catalogue.

J’ai donc quitté mes 30 degrés natals pour atterrir dans cette capitale grande comme Toulouse, accueillie par 13 degrés et de la pluie. Je m’attendais à un climat différent, mais j’avoue : le choc a été brutal. Sous ce ciel-là, mes premières impressions étaient un paysage en camaïeu de gris. Mon premier réflexe ? Ouvrir l’appli météo pour me rassurer sur les jours à venir. Spoiler : ce n’était PAS l’idée du siècle. Gris, froid, pluvieux, à perte de semaine. Moral dans les chaussettes (en laine, désormais).

C’est dans ce genre de moment que tu remets sérieusement en question tes capacités décisionnelles.

Quatre mois d’immersion

Une fois le petit moment de doute passé, il a fallu se ressaisir. C’est comme en voyage quand rien ne se passe comme prévu (c’est-à-dire au quotidien) : on s’adapte pour profiter. Je ne suis de passage que pour quatre mois, et les passer à déprimer devant la météo ne m’apporterait rien.

Ça tombe bien : la ville m’a offert une entrée en matière parfaite avec le Pink Soup Festival, la fête de la soupe à la betterave, dont le rose fluo réchauffe même un ciel gris. Une belle énergie, de la musique aux tonalités internationales, et une saveur surprenante pour quelqu’un qui n’avait jamais imaginé la betterave en soupe. Premier contact réussi avec les gens et la culture du pays.

Puis arrive le premier matin de ma mission. C’est pleine d’appréhension que je rencontre mes collègues des quatre mois à venir : je sais que je vais travailler en anglais et j’ai la peur au ventre de devoir m’exprimer.

L’accueil est chaleureux, on me met à l’aise, on me présente. Une prise de poste comme j’ai pu en vivre en France mais avec un rythme bien différent : ici, on commence tôt, on déjeune vite, et on finit tôt pour profiter du reste de la journée. Pas de présentéisme, pas d’heures à rallonge, pas de nécessité de faire acte de présence.

Une mission bien définie, une vraie confiance dans sa réalisation, et des points réguliers qui servent surtout à vérifier que je me sens bien et que je ne manque de rien. Rien à voir avec les situations de contrôle, même sous couvert d’un ton bienveillant, que j’ai si souvent vécues. Et tu sais le plus étonnant ? C’est que le feedback est attendu et demandé pour s’assurer que la direction est bonne et que la satisfaction est là. On passe donc d’un retour craint à un retour sollicité et ça fait une grande différence dans l’approche avec son manager.

La vraie difficulté n’est pas dans le travail lui-même. Elle se niche dans les moments off, quand les gens se retrouvent à la pause déjeuner, par exemple. Dans ces moments-là, le lituanien reprend naturellement sa place dans les échanges. Et même si une vraie attention est portée à ne pas me laisser à l’écart, c’est la première difficulté rencontrée par les expatriés dans un contexte professionnel quand ils ne maîtrisent pas la langue native du pays.

Et l’anglais dans tout ça ? Chaque jour, ma compréhension orale progresse, et je me libère à l’oral à force de pratiquer. Mon truc : le soir, je me refais les discussions de la journée en prenant le temps de repenser à ce que j’ai dit, et de formuler une réponse plus construite, plus étoffée. Une sorte de match retour où je gagne à tous les coups.

Merci en Lituanien

La vraie difficulté n’est pas dans le travail lui-même. Elle se niche dans les moments off, quand les gens se retrouvent à la pause déjeuner, par exemple. Dans ces moments-là, le lituanien reprend naturellement sa place dans les échanges. Et même si une vraie attention est portée à ne pas me laisser à l’écart, c’est la première difficulté rencontrée par les expatriés dans un contexte professionnel quand ils ne maîtrisent pas la langue native du pays.

Et l’anglais dans tout ça ? Chaque jour, ma compréhension orale progresse, et je me libère à l’oral à force de pratiquer. Mon truc : le soir, je me refais les discussions de la journée en prenant le temps de repenser à ce que j’ai dit, et de formuler une réponse plus construite, plus étoffée. Une sorte de match retour où je gagne à tous les coups.

Au-delà de la mission

Bien entendu, quand tu sais que tu es de passage, pas question de reproduire le schéma métro-boulot-dodo. D’autant que finir à 17h (une grande première pour moi) laisse du temps. Beaucoup de temps. Pour explorer, rencontrer, vivre.

Ce que j’ai appris sur place : passer de la latitude de Montpellier à celle de Vilnius change complètement ton rapport aux journées. Ici, la météo est imprévisible, changeant de jour en jour, parfois d’heure en heure, au point de vivre presque les quatre saisons en 24 heures.

Dans ces conditions, la procrastination devient impossible. Ça pousse à vivre l’instant présent, à prendre ce qui se présente et à arrêter de se dire « j’ai le temps, je verrai plus tard » car ce lendemain ensoleillé n’est peut-être pas pour tout de suite.

Il y a eu aussi un autre défi à relever. Quatre mois, ce n’est pas un simple passage qui se satisfait de rencontres éphémères, comme celles de mon tour du monde. C’est un nouveau monde à se créer, un réseau à construire parce que quatre mois toute seule, c’est bien trop long pour ne pas déprimer.

Et ce défi-là, pour la timide introvertie que je suis, c’était l’autre côté de la médaille. Celui que je n’avais pas appréhendé.

Je ne suis pas la seule à venir vivre un peu d’aventure dans un pays étranger. Mais là encore, je me suis posé pas mal de questions quant à mon âge et aux possibilités de faire des rencontres, alors que ce type d’expérience semble majoritairement vécu par des jeunes de l’âge de mes enfants.

Ma première rencontre en dehors du travail ? Je m’étais inscrite à la visite de la bibliothèque de l’université de Vilnius. C’est là que je suis tombée sur mon premier groupe de Français, tous entre 22 et 26 ans. À la fin de la visite, on a partagé un café, histoire de faire connaissance et d’échanger nos histoires qui allaient de Lille à Montpellier, en passant par Caen, Lyon, Bordeaux et Toulouse. Ce qui les avait motivés à venir ici ? La possibilité de travailler, après plusieurs mois de recherches infructueuses en France, même avec un diplôme d’ingénieur ou d’école de commerce en poche. Comme quoi, on a beau avoir 25 ou 47 ans, on vient tous chercher ici une chance que l’on ne s’est pas donnée ailleurs. C’est comme ça que le premier cercle s’est créé.

Là aussi, tout comme pour le voyage solo, le plus difficile est de se lancer : faire le premier pas, aller au premier événement et enfin dépasser sa peur et cette limite de l’âge que je me mets. Enfin, celle à laquelle je crois, en me disant que personne ne voudra parler avec une quasi-senior.

Et en vrai ? Le sujet n’est pas l’âge. Le sujet est de trouver la bonne sortie, le bon contexte et le bon réseau pour trouver sa place, et c’est à force de tester qu’on trouve. Même dans un endroit où tous les participants ont l’âge de ses propres enfants, la magie opère : ils ne sont pas trop jeunes pour moi, ouverts d’esprit, pétillants et drôles. Et moi, ils ne me voient pas comme la vieille qui traîne avec des jeunes : ils me surnomment « tata », la sympa avec qui on partage du bon temps.

C’est ainsi que je vis mon aventure depuis plusieurs semaines maintenant.

Envie de tenter l’aventure ? Voici par où commencer

Si mon expérience te fait de l’œil mais que tu ne sais pas par où commencer, laisse-moi te partager ce que j’ai appris en chemin : d’abord pour trouver une mission, ensuite pour construire ton réseau sur place.

Trouver sa mission en Europe

Bonne nouvelle : il existe plusieurs chemins possibles, et aucun de ceux que je te partage n’a de critère d’âge. Oui, tu as bien lu. Aucun.

Si tu es en poste, tu peux explorer :

  • Le mécénat de compétences : ton entreprise te « prête » à une association ou ONG pour une mission, tout en maintenant ton salaire. De plus en plus d’entreprises le proposent, renseigne-toi auprès de tes RH.
  • Le congé sans solde négocié : moins sécurisant financièrement, mais une vraie liberté pour partir sur une mission courte à l’étranger.

Si tu es en transition professionnelle, le dispositif qui a retenu toute mon attention, c’est Erasmus+. Et avant que tu me dises « Erasmus, c’est pour les étudiants ! », détrompe-toi :

  • Il est ouvert à tous, sans condition d’âge ni de diplôme.
  • Les missions durent de 2 à 6 mois, en entreprise ou en association dans l’Union européenne, en lien avec ton projet professionnel.
  • Et LA question qu’on n’ose jamais poser : l’argent. Si tu es indemnisée par France Travail, tu conserves tes allocations pendant la mission (ou jusqu’à épuisement de tes droits). Sinon, tu peux bénéficier d’une rémunération de formation. S’ajoutent une bourse pour le transport et une participation aux frais d’hébergement. De quoi partir sans (trop) trembler pour son compte en banque.
  • Côté démarche, on ne candidate pas directement : il faut passer par le référent international de ton agence France Travail. Un simple rendez-vous à demander, et l’aventure peut commencer.

Pour le volontariat professionnel, sache que des ONG et des plateformes recherchent activement des profils expérimentés en RH, gestion, communication… Ton parcours de femme active est une vraie valeur ajoutée, pas un frein.

Enfin, garde dans tes favoris EURES, le portail européen de l’emploi, qui recense les offres dans toute l’Europe. C’est aussi une bonne ressource pour trouver une mission de courte durée, voire un job si tu envisages le grand saut de t’expatrier.

Conseil solo : Ne cherche pas la mission parfaite dans le pays parfait. Cherche l'opportunité qui se présente dans un délai raisonnable et qui a du sens pour ton parcours. Le reste, comme la découverte, les rencontres, la confiance en toi, viendra avec.

Construire son réseau sur place

Arriver seule dans un pays dont tu ne parles pas la langue, c’est une chose. Y construire une vie sociale en quelques semaines, c’en est une autre. Voici ce qui a fonctionné pour moi :

L’application Joiner a été ma meilleure alliée. Elle recense des événements locaux ouverts à tous : soirées linguistiques, sorties culturelles, randonnées… C’est là que j’ai fait mes plus belles rencontres. Le premier événement est le plus dur, après c’est un engrenage positif où tu tisses des liens autour d’activités que tu aimes.

Les comptes Instagram des influenceurs internationaux du pays : ça peut paraître anecdotique, mais c’est une mine d’or pour découvrir les événements, les bons plans et les lieux où se retrouvent les expatriés et les locaux anglophones.

Les animations de l’office du tourisme : souvent gratuites ou peu chères, elles permettent de découvrir la ville et de croiser d’autres nouveaux arrivants, dans un cadre facile pour engager la conversation.

Les free walking tours : déjà expérimentés pendant mon tour du monde, c’est un moment parfait pour connaître les lieux et l’histoire. C’est aussi une très belle opportunité de rencontrer d’autres étrangers, solo ou non.

Le plus important est d’oser multiplier les expériences afin de trouver l’environnement social qui te convient.

Je t’écris cet article depuis ma chambre en Lituanie car j’y suis encore pour quelque temps, mais j’ai eu le besoin de partager l’expérience avant qu’elle ne soit finie. Une nouvelle aventure où je lie l’utile, avec mon besoin d’évoluer sur des compétences, à l’agréable, avec la découverte d’un pays bien loin des posts aguicheurs d’Instagram, mais qui a tout autant d’intérêt. Par son histoire d’abord, mais aussi par sa proximité avec d’autres pays que j’explore sur quelques week-ends : la Pologne, le Danemark, et bien entendu la Lettonie et l’Estonie.

J’ai une dernière confidence à te faire. Je me sens encore une fois en vrai décalage avec ma génération et en l’occurrence, avec les femmes que je n’ai PAS rencontrées. Après un tour du monde où j’ai fait de très belles rencontres, mais croisé trop peu de quadras solo en vadrouille, dans cette expérience je n’en ai pour l’instant rencontré aucune. Quelle que soit sa nationalité.

Quelle conclusion j’en tire ? Aucune. Mais la question de la permission que l’on se donne quand on est une femme seule ayant passé la quarantaine a ici toute sa place.

Alors je te la pose, à toi qui me lis : qu’est-ce que tu attends pour te donner la permission ?

🧭

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