Los Angeles vue par le cinéma »

Los Angeles vue par le cinéma

mon itinéraire à travers les lieux de tournage 

Le centre-ville de Los Angeles n’a pas de quoi attirer tous les premiers regards : des rues presque désertées, des devantures fermées, une ambiance qui tranche avec l’image de carte postale que je m’étais faite.

Mais gratte un peu la surface, et Downtown devient un immense plateau de tournage à ciel ouvert. Dans l’article 4 jours à Los Angeles,

je te racontais mon premier jour dans le centre-ville : El Pueblo, Union Station, Chinatown, la mairie, Bunker Hill, Angels Flight, Broadway. Ce que je n’avais pas dit sur le moment, c’est que quasiment chaque arrêt de ce parcours a sa propre histoire avec le cinéma, parfois de façon évidente, parfois beaucoup plus insolite qu’on ne l’imagine.

Alors mets tes lunettes de cinéphile, on refait le trajet ensemble. Silence sur le plateau, prise 1/4, moteur et action.

Union Station : le poste de police du futur

Construite en 1939 dans un style Mission Revival mêlé d’Art déco, Union Station procure un vrai sentiment de voyage dans une autre époque : fauteuils élégants, grands espaces d’attente, plafonds démesurés. C’est le genre de décor apprécié par les studios, qui ne s’y sont d’ailleurs pas trompés.

Façade extérieure et hall intérieur d'Union Station, la gare historique de Los Angeles
Union Station, Los Angeles

C’est dans le Ticket Concourse, le grand hall des guichets où les voyageurs achetaient autrefois leurs billets de train, que Ridley Scott a fait construire les décors du poste de police du futur de Blade Runner : Deckard y est amené juste après sa première rencontre avec Rachael. Les décors ont depuis longtemps disparu, mais la salle, elle, est intacte.

La gare a aussi servi de décor à Arrête-moi si tu peux de Spielberg, ainsi qu’à The Dark Knight Rises.

Pour la petite histoire : la salle historique n’est pas en accès libre tous les jours,  elle s’ouvre au public via des visites gratuites organisées certains dimanches. Si le cinéma t’intéresse plus que le simple passage, vérifie le calendrier avant de t’y rendre spécialement.

La mairie : elle a survécu à Superman et péri sous les Martiens

Le bâtiment de la mairie de Los Angeles, achevé en 1928, a eu une carrière cinématographique beaucoup plus mouvementée que sa façade sage ne le laisse penser.

Dans les années 50, il a incarné le siège du Daily Planet, le journal où travaille Clark Kent, dans la série Adventures of Superman. Quelques années plus tard, en 1953, il n’a pas eu cette chance : c’est lui que les Martiens réduisent en poussière dans La Guerre des Mondes, l’adaptation du roman de H.G. Wells.
Et on ne peut pas non plus l’oublier dans The Usual Suspects, Speed, L.A. Confidential.

De la salle de rédaction d’un des super-héros les plus connus de la pop culture à sa propre destruction extraterrestre ; pas mal, pour un bâtiment municipal.

Le Millennium Biltmore Hotel : élégance, fantômes et Oscars

À deux pas de la mairie et de Pershing Square, impossible de manquer le Millennium Biltmore Hotel. Derrière son élégance très classique se cache l’un des lieux de tournage les plus chargés d’histoire du centre-ville.

C’est dans une de ses salles de bal, la Sedgewick, que Venkman, Stantz et Spengler démolissent tout pour capturer Slimer dans SOS Fantômes. Le Biltmore apparaît aussi dans Chinatown, The Sting et Ocean’s Eleven.

Petit détail amusant : ce même hôtel a accueilli huit cérémonies des Oscars.

Façade du Millennium Biltmore Hotel, hôtel historique du centre-ville de Los Angeles

Angels Flight : de la ruée vers l’or au grand écran

Le petit funiculaire orange et noir qui redescend de Bunker Hill n’est pas seulement la voie ferrée la plus courte du monde, c’est aussi l’un des lieux les plus photogéniques du centre-ville avec ses deux wagons pittoresques qui montent et descendent une pente à peine plus longue qu’un pâté de maisons.

Depuis son ouverture en 1901, il a traversé plus d’un siècle d’histoire mouvementée de la ville, entre fermetures, accidents et réouvertures. Aujourd’hui, il doit une bonne partie de sa seconde jeunesse au grand écran, notamment à sa scène culte dans La La Land, où Sebastian et Mia s’y retrouvent un soir, sur fond de ciel qui vire à l’orange.

Le funiculaire Angels Flight, avec son arche orange et son wagon, Bunker Hill, Los Angeles

Conseil solo : monter à bord ne coûte que quelques centimes, largement le prix d'une petite scène de comédie musicale rien que pour toi.

Le Bradbury Building : une remontée dans le temps

Le Bradbury Building se trouve à deux pas de Broadway, au 304 South Broadway, à l’angle de la 3e rue.

De l’extérieur, rien de spectaculaire : une façade de brique assez sobre, presque banale pour Downtown. Mais franchis la porte, et c’est une vraie remontée dans le temps, un peu comme entrer dans une reconstitution historique de l’époque du Titanic. L’atrium victorien baigné de lumière, les escaliers de marbre, les ferronneries ouvragées et les ascenseurs à cage en fer forgé encore en fonctionnement n’ont pas pris une ride. Construit en 1893 pour le magnat de l’or Lewis Bradbury, il a été dessiné par George Wyman, un simple dessinateur sans formation d’architecte, qui se serait inspiré du roman de science-fiction Looking Backward d’Edward Bellamy pour concevoir cet intérieur futuriste pour l’époque.

Atrium et escaliers en fer forgé du Bradbury Building, Los Angeles, célèbre pour son architecture victorienne et son rôle dans Blade Runner

C’est dans cet atrium que Ridley Scott a tourné la confrontation finale entre Deckard et Roy Batty dans Blade Runner, dans l’appartement fictif du fabricant de jouets J.F. Sebastian. Le bâtiment apparaît aussi dans Assurance sur la mort, The Artist ou encore 500 Jours ensemble.

L’atrium du rez-de-chaussée se visite librement en journée donc aucune excuse pour le manquer, quant aux étages supérieurs, ils restent des bureaux privés.

Encore un peu d'énergie

Si c'est le cas, pousse jusqu'au viaduc de la Sixième rue, à la lisière est de Downtown. Achevé en 1932, ses grandes arches Art déco enjambant la rivière L.A. en ont fait un habitué du grand écran : on le retrouve dans Terminator 2, To Live and Die in L.A., Freaky Friday ou encore Transformers. Un petit détour qui prolonge naturellement le voyage dans le temps.

Broadway : un saut dans le vieux Hollywood

Marcher sur Broadway, ce n’est vraiment pas la même ambiance qu’à New York. On y sent l’effervescence d’antan à travers les devantures d’anciens cinémas et théâtres, aujourd’hui transformées en magasins.

Et pour cause : ce tronçon de Broadway a longtemps concentré la plus grande densité de salles de cinéma historiques des États-Unis, toutes construites entre les années 1910 et 1930, une douzaine de façades qui existent encore aujourd’hui, même reconverties.

Impossible de résister à la façade du Los Angeles Theatre (615 S Broadway), la plus somptueuse et la dernière construite des salles de Broadway. Dessinée par l’architecte S. Charles Lee et inspirée du style baroque français, sa façade s’élève sur cinq étages, ornée de grandes colonnes, d’urnes, d’anges et de vignes. Le soir de son inauguration en 1931, la salle a accueilli la projection de gala des Lumières de la ville de Charlie Chaplin, avec Albert Einstein parmi les invités. 

Un peu plus loin, le Palace Theatre (630 S Broadway) a son lot d’histoires aussi : c’est le plus ancien théâtre du circuit Orpheum aux États-Unis, et dans les années 1920, les jeunes sœurs Gumm s’y sont produites dont la plus jeune d’entre elles deviendra Judy Garland.

Et puis il y a le Roxie, avec sa tour Art déco qui domine encore la rue malgré les années, vestige d’une époque où chaque salle rivalisait de démesure architecturale pour attirer les foules du samedi soir.

Façade ornée du Los Angeles Theatre, ancien cinéma historique de Broadway, Downtown Los Angeles
Los Angeles Theatre

Le Million Dollar Theatre, juste en face d’Angels Flight, a lui aussi son heure de gloire au cinéma, avec son enseigne qui continue de scintiller lors de tournages ou d’événements.

Marcher ici, c’est un peu marcher dans le vieux Hollywood lui-même : ce n’est pas un décor de film, c’est littéralement le décor où le cinéma américain s’est construit, avant même qu’Hollywood Boulevard ne devienne le quartier qu’on connaît.

À quelques mètres de là, sur Spring Street, un autre lieu vaut le détour : The Last Bookstore, l’une des plus grandes librairies indépendantes des États-Unis, installée dans un ancien bâtiment bancaire. C’est ici que débute la relation trouble entre Nick et Amy Dunne dans Gone Girl.

Le détour Art déco : plonger dans l’ambiance Gatsby le Magnifique

Si Broadway te met déjà dans l’ambiance vieux Hollywood, des immeubles à quelques minutes à pied poussent le voyage dans le temps encore plus loin, tout droit dans les années folles.

 

Dans le lot des bâtiments devant lesquels on aime s’arrêter, je citerai  l’Eastern Columbia Building (849 S Broadway), reconnaissable entre tous à sa façade en terracotta turquoise, ses motifs en zigzags et soleils, et sa tour-horloge à quatre cadrans. Achevé en 1930 en seulement neuf mois de chantier, il abritait à l’origine deux grands magasins et reste considéré comme l’exemple le plus pur de l’Art déco à Los Angeles. Aujourd’hui transformé en lofts de luxe, l’un de ses propriétaires n’est autre que Johnny Depp.

Le second mérite un petit détour vers Olive Street : l’Oviatt Building (617 S Olive Street), construit en 1928 pour James Oviatt, qui y installa son magasin de vêtements haut de gamme après un voyage à l’Exposition des Arts décoratifs de Paris, celle-là même qui a donné son nom au mouvement Art déco. Le hall d’entrée a conservé ses lustres et ses panneaux de verre gravé signés René Lalique, le maître verrier français. Le rez-de-chaussée abrite aujourd’hui le Cicada Restaurant & Club, un bar Art déco qui a d’ailleurs servi de décor à Pretty Woman.

Difficile de ne pas s’imaginer un instant dans les soirées tapageuses de Gatsby le Magnifique !

En continuant à sillonner les avenues, tu croiseras également d’autres bâtiments remarquables comme le Fine Arts Building ou la Figueroa Tower. Ici, le décor n’est pas une reconstitution en studio : il a vraiment été construit à cette époque, pour cette ambiance-là.

Ce que j’aime avec cet itinéraire, c’est qu’il ne demande quasiment aucun détour par rapport à une simple journée dans le centre-ville : les mêmes rues, le même trajet à pied, juste une paire de lunettes différente posée sur le nez.

💭 Et toi, y a-t-il une ville que tu as visitée différemment après avoir découvert son passé au cinéma ?

L.A. fait son cinéma au-delà du centre

Los Angeles est un décor de cinéma à ciel ouvert et ça ne se limite pas au vieux centre. Si tu as un peu de temps, voici quelques adresses (mais il y en aurait beaucoup d'autres à citer) où tu pourras te replonger dans des films emblématiques.

Direction South Pasadena d'abord, un quartier si typiquement américain qu'il a fini par attirer tous les réalisateurs en mal de banlieue modèle. Garde un œil sur la maison du 1000 Mission St. : c'est celle de Michael Myers dans Halloween, et elle n'a pas pris une ride depuis 1978.

Direction ensuite la côte, du côté de Santa Monica Pier dont je te parle plus en détail dans mon autre article, mais impossible de marcher ici sans repenser à Forrest Gump traversant les États-Unis en courant, avant de s'arrêter net sur cette jetée. Juste à côté, la promenade de Venice Beach a servi de porte d'entrée au monde réel pour Barbie : patins aux pieds ou pas, l'ambiance excentrique du film n'est pas si loin de la vraie vie ici.

Pour une pause plus insolite, fais un crochet par Randy's Donuts, à Inglewood : ce donut géant visible depuis la route a eu droit à son moment de gloire (et de destruction) dans Mars Attacks !, sous les assauts des extraterrestres.

Et si tu préfères prendre de la hauteur, direction l'observatoire Griffith. On garde en tête ses étoiles filantes de La La Land, mais James Dean l'avait déjà rendu immortel bien avant, dans Rebel Without a Cause. Deux générations de cinéma, la même vue sur la ville. Non loin de là, les Huntington Gardens valent le déplacement à eux seuls, mais ont aussi servi de décor à Mémoires d'une geisha, à Scandal, et même à une scène de remise de médailles dans Iron Man.

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Illustration façon tampon d'un sac à dos de voyageuse

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